Le front des Vosges 1914 / 1918


Venez retrouver, non loin des Gîtes de la Renaud Rautsch, 

une partie de l’histoire de la première guerre mondiale.

Sites de la Grande Guerre ...

 

Depuis la nécropole française du col de

Sainte-Marie-aux-Mines, en passant par

la tête du Violu, la tête des Faux et le

mémorial du linge vous êtes proche de nombreux vestiges de la Grande Guerre.



Photos prises aux alentours du Haïcot, Violu, Echery, Rombach & col de Sainte-Marie.


 

Moi, Charles Kuentz, dernier combattant de la première guerre mondiale

vivant dans le Haut-Rhin…

 

Je suis né le 18 février 1897 à Ranspach dans le Haut-Rhin.

En 1916, à l’âge de 19 ans, j’ai été mobilisé sous l’uniforme impérial de Guillaume II comme tous les alsaciens et Lorrains de l’époque.

 

Après une instruction de base à Jüterbog en Allemagne on m’a affecté à un régiment d’artillerie de campagne en Russie près de Baranovichi pour combattre l’armée du Tsar.

C’est là que j’ai subi le rude hiver de 1916 avec une température jusqu’à -40 degrés.

 

Une anecdote en Russie : Un jour j’avais comme mission d’aller réparer une ligne téléphonique. Sur le chemin du retour, à la nuit tombante, je suis tombé dans un marais. Heureusement qu’un camarade a pu me sauver.

 

En 1917, le régiment fut transféré en France, en Champagne et en Flandre. Les combats étaient rudes et la vie difficile à supporter : les tranchées, la crasse, la boue, le froid et la mort que l’on côtoyait tous les jours.

 

Le régiment était une fois au repos. Un soir le Vaguemestre nous a informé que le lendemain on retournera au front. Après l’appel je suis allé le voir pour lui dire que je refusais.

Il m’a regardé d’un air ahuri en me disant :

« Je crois que vous êtes devenu fou, ne savez vous pas ce qui vous attend ; désobéissance devant l’ennemi c’est puni par la mort !»

Je lui ai répondu :

« Je le sais, mais je fais appel au Kaiser, je m’appuis sur ses dires »

J’ai montré le livret militaire dans lequel est marqué :

- Le Kaiser ne connaît pas de parti. Tous ont les mêmes devoirs et les mêmes droits -

« Les devoirs je les remplis, mais les droits on me les refuse parce que je suis Alsacien. Voici maintenant un an que je suis au front et je suis le seul du régiment à ne pas avoir eu de permission. »

« Allez chez le Capitaine » m’a-t-il répondu.

J’y suis allé en lui expliquant la raison de mon refus.

Il m’a conseillé de retourner au front en me promettant de faire son possible pour m’obtenir la permission.

Peu de temps après, je l’ai obtenue.

A mon retour j’ai appris que durant mon absence il y a eu des pertes d’hommes et de matériel.

Mon audace m’a peut-être sauvé la vie.

 

A l’armistice je me trouvais en mission. J’ai reçu ordre de rejoindre mon régiment. J’ai pris le premier train pour rentrer à la maison, content que cette horrible guerre était terminée. De ce fait je n’ai pas eu droit au solde de démobilisation.

 

 La deuxième guerre ne m’a pas épargné. J’ai perdu un fils, incorporé de force en février 44 à 17 ans est décédé à la suite de ses blessures contractées lors des combats en Normandie.

 

En 2000 j’ai reçu la médaille d’argent 14-18, médaille que le gouvernement avait décernée à tous les doyens des vétérans de chaque département.

Par contre la légion d’honneur n’a pu être donné aux Alsaciens-Lorrains.

Je laisse à monsieur Grandhomme le soin de lire la lettre qui m’a été envoyée par le ministre des anciens combattants.

 

Mais aujourd’hui, où les derniers survivants, tous centenaires, ne sont plus qu’une poignée, et j’en fais partie avec mes 105 ans, je me suis fait un devoir de témoigner pour que de telles atrocités ne se reproduisent plus et que les jeunes générations prennent conscience de ne pas commettre les mêmes erreurs.

 

Ainsi le sacrifice de ces millions de soldats n’aura pas été vain.